Docteur et chef d’entreprise


Écouter la séance du jeudi 16 février 2012.

Enjeux

Une soixantaine de doctorants ont participé à l’atelier du 16 février, qui s’est tenu à l’Institut de Géographie.

Notre invité, Pascal Blanchard, docteur en histoire contemporaine à Paris 1, chercheur associé au CNRS, fondateur des agences Les BDM et Les BDI, est venu nous présenter son parcours.

Cet atelier a abordé la question de la création d’une entreprise en tant que docteur en sciences humaines et sociales. Au-delà, cette intervention pose d’autres questions : quelles compétences acquises en SHS pouvons-nous valoriser et proposer aux entreprises/secteur public ? Quelles sont les inadéquations de nos formations par rapport au monde économique/secteur public ? Les SHS peuvent et savent-elles « se vendre » ?

Réponses

Milieu doctoral et entreprise : deux mondes qui doivent se parler.

« Comment avoir fait des études en SHS, en ayant en plus effectué une thèse sur la droite française et le colonialisme, et avoir une entreprise ? ». Avant d’évoquer son parcours personnel, Pascal Blanchard dresse un portrait sans tabou des relations entre milieu doctoral et monde de l’entreprise.
« Quels sont aujourd’hui les débouchés dans nos carrières respectives dans un pays qui a justement du mal à penser que les SHS mènent à autre chose que de rester dans les SHS ? » Cette question purement française se rencontre nulle part ailleurs. Les SHS sont des formations froides qui n’ont pas de lien immédiat avec une profession active du champ économique. Il prend sens en France car il n’est point perçu que nos formations et nos domaines de recherche puissent aboutir à des métiers autres qui rentrent dans le champ économique. Pascal Blanchard résume ainsi : « Vous êtes formé à ne savoir rien faire, cela est d’abord lié à votre formation. Vous ne savez rien faire quand vous avez fini vos études. » Le monde de l’entreprise ne rencontre guère des personnes issues des SHS.

De là, trois constats :

  1. C’est un raisonnement français, très culturel. C’est aussi très lié à la formation universitaire et que ces formations sont destinées avant tout à servir l’Etat, non à déboucher dans le domaine capitaliste. Un autre trait français vient s’ajouter  : « vous ne pouvez pas exercer de manière normale votre métier d’historien, si en plus vous gagnez de l’argent via cette profession. » Si le propos semble très paradoxal, cette représentation est un des premiers biais qui explique que les doctorants en SHS ne soient pas formés à aller vers des métiers « capitalistes », où se créent des entreprises . De surcroît, la plupart des enseignants ne connaissent pas le monde de l’entreprise, donc ils ne peuvent pas y préparer leurs doctorants. Point supplémentaire : les doctorants en SHS ne savent pas se vendre, ou peu, sinon mal, faute d’y avoir été formés.
  2. Le monde de l’entreprise n’est pas préparé à nous recevoir. Il ne nous connaît pas, et ne sait pas décoder qui nous sommes et ce que nous faisons.
  3. Par le contenu de notre formation,  aucun doctorant, ou très peu, est préparé à la création d’entreprise. La plupart des collègues de Pascal Blanchard, faute de trouver un poste de titulaire, ont soit créé leur entreprise, soit l’ont intégrée. Cela n’a jamais été un choix à la base, encore moins de se dire ceci :
  1. j’ai une formation en SHS
  2. de cette formation, je vais imaginer une offre en m’associant ou non avec quelqu’un
  3. de cette offre, je vais créer une entreprise
  4. cette entreprise, je vais tenter de la positionner sur le marché et d’exister sur ce marché par rapport à l’offre que j’ai.

Le parcours de Pascal Blanchard : une forme d’exception dans le monde universitaire actuel.

Après ce propos introductif, Pascal Blanchard présente son parcours, entre recherche et chef d’entreprise.

Il représente une forme d’exception, pour une raison particulière. Avant ses études d’histoire, il a suivi une formation en école d’ingénieur, dans le BTP. Cette double formation a fait naître, à un moment donné, l’idée d’une entreprise. Ayant un métier « de bâtir des choses » et une formation en histoire, l’association de ces deux concepts aboutit à un espace : le musée, une entité très particulière qui correspondait à un marché.

Avec l’aide de relations, il a dressé le constat suivant : les entreprises qui souhaitent laisser leur empreinte ne trouvaient pas d’agences à même de répondre à leur demande, trop spécifique, et fournir le tout clé en main. Pascal Blanchard a créé son agence sur ce concept, il y a un peu plus de 15 ans. Associé dès le départ à une scénographe, Pascal Blanchard travaille sur le contenu discursif-marketing, en vendant sa formation d’historien. L’offre ayant rencontré rapidement une certaine demande, son métier a répondu à une attente, sur un segment particulier. Le segment des BDM est fondé sur un élément majeur : une personne (= une génération) qui lègue son entreprise à ses successeurs, veut laisser SA marque.

Selon lui, nos formations en SHS nous amènent à pouvoir exercer des professions dans les domaines les plus divers et les plus variés. « Nos deux métiers ne sont pas totalement abscons d’un monde économique« . Là où réside la vraie difficulté : trouver l’interface dans nos carrières, d’être à la fois un pied dans la recherche pure et dure, et de l’autre, se positionner sur un segment où l’on parle produit, marketing.

Il existe 2 cheminements complémentaires et associés :

  1. Connaître le monde de l’entreprise. Il est indispensable que dans notre formation classique, il y ait une formation entrepreneuriale. Il faut connaître ces mondes pour pouvoir y évoluer, en connaître les codes, de la PME à la grande entreprise. Deux univers doivent se parler : ceux qui produisent du contenu et ceux qui sont demandeurs de contenu.
  2. L’innovation, une valeur ajoutée. La seule valeur ajoutée par les SHS, sur des territoires très variés, est l’innovation. Nombre de doctorants, après leur thèse, se retrouvent sans poste et vont tâcher de « se vendre ». Aussi, il faut imaginer tôt sur quel segment se positionner. Une entreprise est d’abord une forme de conceptualisation sur un marché, regarder ce qui est possible ; elle n’est viable que si elle existe dans un positionnement. Une fois l’entreprise créée, le plus difficile est de tenir, de se renouveler sans cesse, de trouver de nouveaux segments.

Dans le champ à venir avec ces grandes mutations, de nouveaux territoires s’ouvrent, certains où nous sommes meilleurs que sur d’autres, peut-être plus à même de les appréhender.

A la base, sa formation universitaire ne l’avait pas préparé « à ce que pouvait être la gestion d’une entreprise, ni la manière de vendre, de recruter, de gérer des équipes… et tout simplement de définir une offre entrepreneuriale « . Ni apprendre à se vendre. Certes, ce sont des métiers compliqués mais qui existent.

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La séance "Je créé ma boîte" a été :

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