Unknowns


Depuis sa création – et plus particulièrement depuis un an – Humanitudes s’efforce de trouver de nouveaux modes d’approche des entreprises. Parmi les pistes à creuser, la « visite d’entreprise » figurait en bonne place. Sauf que parler des sciences humaines à des décideurs massivement issus des grandes écoles, c’est « Lost in Translation ». Il fallait trouver l’entreprise suffisamment « SHS Friendly » pour rapprocher deux milieux qui se regardent en chien de faïence depuis trop longtemps… voire tout bonnement qui s’ignorent.

En avril, Guillaume, un ancien du master de l’université Paris 1, me contacte. Ayant intégré les métiers de la stratégie et du conseil aux innovation, il réalise ce travail de traduction depuis des années dans différentes société.. L’une d’elle, unknowns est particulièrement intéressée par ses talents d’anthropologue. Le principe d’une visite est rapidement validé, et un mois plus tard, nous sommes dans les locaux de la société.

Pour tous, c’est une première. Les dix participants ont été sélectionnés avec soin selon leurs thèmes de recherche et les problématiques rencontrée par la société hôte. Nous avions préparé la réunion, commencé à réfléchir aux pistes possibles à dégager. Et au bout du compte, les trois heures prévues ont filé à toute allure.

Pendant une bonne heure, Henri – un des trois associés de la société – nous tient en haleine, nous présentant successivement la révolution du digital, le métier du conseil, pour en déduire le positionnement atypique d’unknowns, un positionnement remarquable par un usage intensif des sciences humaines. Pourquoi ? La rapidité et la souplesse de réalisation des technologies digitales déplace le curseur : avoir une bonne idée ne suffit plus à garder un an d’avance, il faut détecter le problème avant les autres. la formule, « On ne sait pas ce qu’on ne sait pas », mais on a intérêt à le découvrir sans attendre, fait écho à « Les chercheurs savent soulever les problèmes qui n’ont pas encore été posés ». Cette projection dans l’inconnu est inscrite dans la raison sociale de la société autant que la capacité à problématiser se trouve au centre des compétences des chercheurs de SHS.

Dans l’exécution, nous faisons connaissance avec les contraintes du métier de Guillaume : rapidité, plasticité sont les maître mots. Il s’agit d’accumuler du terrain, de la bibliographie et de la connaissance du sujet au cours d’une série de boucles courtes. Le métier de la société n’est pas de produire des connaissances nouvelles, mais de produire des connaissances solides et rigoureuses malgré tout. Car contrairement au modèle traditionnel du consulting, unknowns s’investit dans les solutions proposées à ses clients, par l’intermédiaire de participations croisées dans les startup incubés. Il faut donc produire de la qualité et du durable, le tout pour penser la société digitale de demain. Pardon, d’aujourd’hui !

À titre d’illustration, nous avons eu droit à l’exposé d’un cas d’utilisation concret, tel qu’il est présenté au client : dense, riche, esthétique… et vivant. Oui, parce que rester perché dans l’abstraction n’est pas vraiment une option. L’accent sur l’#empathie s’exprime aussi bien vis-à-vis des clients du client, que du client lui-même. Plutôt que d’afficher Bourdieu en premier plan, mieux vaut mobiliser, comme Goffman, quelques anecdotes, grâce auxquelles l’interlocuteur peut s’identifier, et accéder à une compréhension réelle de l’étude. Ensuite seulement, on introduit des SHS.

Après l’exposé et les présentations des participants, le débat s’installe. Il y a de quoi tenir longtemps, les échanges sont levés à 20h par des impératifs d’agenda. Il reste donc des questions en suspens, que l’on peut esquisser ici. Si le digital porte sa révolution en bouleversant de fond en comble les organisations, à quoi ressemblerait l’organisation qui incorpore des enseignements complets des SHS ? En dehors de la minuties lors de la mise en œuvre des méthodes, il nous semble qu’il y a encore une vraie marge d’approfondissement. Le sujet a notamment porté sur le besoin de justification lié à l’acte d’achat, et du sentiment d’appartenance à une communauté procuré par le produit. Durkheim, Mauss, Berger, Luckmann… nous voilà. C’est le socle classique en Sciences Humaines depuis, houlà… ! Et c’est au fondement d’une innovation disruptive en ce moment ? Fabrice Larat parlait d’un « tas d’or » sur lequel nous sommes assis… (Conférence « Job Market », Intégrer la fonction publique).

La synthèse de la réflexion et de l’action a encore de beau jours devant elle. La société unknowns est l’illustration d’un pas dans la bonne direction. Et par nos différentes activités (petits déjeuner, afterworks, visite…), Humanitudes s’efforce d’en défricher les voies multiples.